les poésies d'Auguste Barbier
Ah ! S’il est ici-bas un aspect douloureux,
Un tableau déchirant pour un coeur magnanime,
C’est ce peuple divin que le chagrin décime,
C’est le pâle troupeau des talents malheureux.
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Mazaccio
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À M. A. Brizeux
Ô désolation, ô misère profonde !
Désespoir éternel pour les âmes du monde !
Sol de Jérusalem, que tant d’hommes pieux
Ont baigné de sueur et des pleurs de leurs yeux ;
Sainte terre enlevée aux monts de la Judée,
Et du sang des martyrs encor tout inondée ;
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Le Campo Santo
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Les Alpes ont beau faire et m’opposer leur dos,
Leurs glaciers verts et bleus aux terribles passages,
Et leurs pics décharnés où les sombres nuages
Viennent traîner le ventre et se mettre en lambeaux ;
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Le Départ
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« Il est triste »
À M Léon De Wailly
Il est triste de voir partout l’oeuvre du mal,
D’entonner ses chansons sur un rhythme infernal.
Au ciel le plus vermeil de trouver un nuage,
Une ride chagrine au plus riant visage.
Heureux à qui le ciel a fait la bonne part !
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Il est triste
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O races de nos jours, ô peuples ahuris,
Désertez les lieux saints et les sentiers prescrits,
Et vous, sombres moellons des vieilles cathédrales,
Du haut des airs roulez dans la main des vandales !
Partout il sort de terre un nouveau monument
À la base profonde, au solide ciment,
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Le Dernier temple
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Quand la France, épuisée aux luttes de la guerre
Et cherchant dans la paix un repos salutaire,
Essuya son épée et la mit au fourreau,
Muses et liberté, magnifique troupeau,
Parurent à ses yeux, et leur splendeur divine
D’une nouvelle ardeur fit battre sa poitrine.
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L’Indifférence
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Mère d’Aristophane et du puissant Molière,
Muse, pardonne si, ma main
S’élevant un moment jusqu’à ton front divin,
J’ai pris ton masque pourpre et m’en suis fait visière !
Pour gloser, badiner et railler par derrière
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Épilogue
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Cher lecteur ! Suis mes pas, entrons dans un ménage
Où, sous la cheminée, on bâcle un mariage ;
Prenons place au foyer et voyons un instant
Ce qu’on pense tout haut sur ce point important.
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Matrimonium
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Il me souvient qu’un jour, aux plaines de l’Ombrie
Voyageant, suivant l’us de la vieille Italie,
Dans le carrosse lourd d’un lent vetturino,
Nous prîmes à mi-route un compagnon nouveau ;
On avait dépassé d’un mille ou deux Spolète,
Ville antique et sans peur, la seule qui tint tête
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Une réfutation d’Horace
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Les vieux égyptiens vénéraient fort les morts ;
Ils avaient même l’art de soustraire les corps
Au travail dévorant de la faux de Saturne.
Ils ne les mettaient point en cendres, dans une urne,
Comme le pratiquaient les austères Romains ;
Mais, les débarrassant des organes humains
Corruptibles, de baume et de fins aromates
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Les Embaumeurs
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Voulez-vous en voir un ? Tenez, voilà qu’il passe
Le nez haut et d’un air disant : faites-moi place ! -
Ce n’est plus, comme au temps du sombre roi Louis,
Un jeune homme à panache, aux talons enfouis
Dans de larges houzeaux doublés de brocatelle,
En pourpoint de velours, en collet de dentelle,
À rapière dressée en-dessous du manteau ;
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Nos raffinés
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Arlequin et Pierrot se rencontrent au foyer :
Pierrot est seul sur un banc, abîmé dans ses
réflexions.
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Au bal de l’Opéra
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Ma femme, apportez-moi vite mon encrier
Et mes plumes, je veux coucher sur le papier
Le rêve éblouissant de grandeur et d’aisance
Que je viens tout d’un coup de faire pour la France
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Le Rêve de monsieur Prudhomme
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Ami lecteur, voici ce que l’on m’a conté.
Fort étrange est le fait, plaisante l’aventure ;
Mais quel qu’en soit le fond, par Apollon, je jure
Que mon cerveau malin n’en a rien inventé.
« Mesdames et messieurs, attention, silence !
Notre colloque avec l’autre monde commence. »
Et, dans l’obscurité d’un demi-jour discret,
Tout autour d’une table, en un cercle muet
Groupés, les invités, fixes, bouche béante,
D’actes surnaturels demeurent en attente.
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Une soirée d’esprits
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Nouvelle interprétation d’Horace :
Paris présente aux yeux des contrastes étranges ;
On y voit les démons parler comme des anges
Et les anges souvent vivre de la façon
La plus habituelle aux enfants du démon,
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Un dîner d’anges
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Un matin, dégoûté de la rime indocile,
Dans un coin populeux de notre grande ville
J’errais, quand tout à coup s’élève une rumeur.
Un homme s’enfuyait en criant : au voleur !
Et désignait du doigt la route présumable
Que dans son vif élan avait pris le coupable.
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La Bonne tactique
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L’atelier du Titien à Venise. Le peintre est à
son chevalet, et l’Arétin dans un fauteuil pose
pour son portrait.
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Le Secret de bien des gens
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Comme aux jours déclinants de l’empire de Rome,
La mode est aujourd’hui de jouer au grand homme,
De se donner, vivant, les airs d’un immortel
Et d’avoir comme un saint sa niche et son autel.
C’était peu d’accabler les journaux de réclames
Et, par maints tours adroits, maintes secrètes trames,
D’obtenir de la main d’un pauvre rédacteur
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La Statuomanie
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