Si tu ne sais, Morel, ce que je fais ici,
Je ne fais pas l’amour ni autre tel ouvrage:
Je courtise mon maître, et si fais davantage,
Ayant de sa maison le principal souci.
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Si tu ne sais, Morel, ce que je fais ici, ]
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Après avoir longtemps erré sur le rivage
Où l’on voit lamenter tant de chétifs de cour,
Tu as atteint le bord où tout le monde court,
Fuyant de pauvreté le pénible servage.
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Après avoir longtemps erré sur le rivage ]
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Cependant que Magny suit son grand Avanson,
Panjas son cardinal, et moi le mien encore,
Et que l’espoir flatteur, qui nos beaux ans dévore,
Appâte nos désirs d’un friand hameçon.
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Cependant que Magny suit son grand Avanson, ]
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Panjas, veux-tu savoir quels sont mes passe-temps?
Je songe au lendemain, j’ai soin de la dépense
Qui se fait chacun jour, et si faut que je pense
A rendre sans argent cent créditeurs contents.
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Panjas, veux-tu savoir ]
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Si l’importunité d’un créditeur me fâche,
Les vers m’ôtent l’ennui du fâcheux créditeur:
Et si je suis fâché d’un fâcheux serviteur,
Dessus les vers, Boucher, soudain je me défâche.
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Si l’importunité d’un créditeur ]
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Maintenant je pardonne à la douce fureur
Qui m’a fait consumer le meilleur de mon âge,
Sans tirer autre fruit de mon ingrat ouvrage
Que le vain passe-temps d’une si longue erreur.
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Maintenant je pardonne ]
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Vu le soin ménager dont travaillé je suis,
Vu l’importun souci qui sans fin me tourmente,
Et vu tant de regrets desquels je me lamente,
Tu t’ébahis souvent comment chanter je puis.
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Vu le soin ménager ]
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Bien qu’aux arts d’Apollon le vulgaire n’aspire,
Bien que de tels trésors l’avarice n’ait soin,
Bien que de tels harnais le soldat n’ait besoin,
Bien que l’ambition tels honneurs ne désire:
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Bien qu’aux arts d’Apollon ]
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Ce n’est le fleuve tusque au superbe rivage,
Ce n’est l’air des Latins, ni le mont Palatin,
Qui ores, mon Ronsard, me fait parler latin,
Changeant à l’étranger mon naturel langage.
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Ce n’est le fleuve tusque ]
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France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle:
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.
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France, mère des arts ]
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Ne t’ébahis, Ronsard, la moitié de mon âme,
Si de ton Du Bellay France ne lit plus rien,
Et si avec l’air du ciel italien
Il n’a humé l’ardeur qui l’Italie enflamme.
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Ne t’ébahis, Ronsard, ]
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Cependant que la Cour mes ouvrages lisait,
Et que la soeur du roi, l’unique Marguerite,
Me faisant plus d’honneur que n’était mon mérite,
De son bel oeil divin mes vers favorisait,
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Cependant que la Cour ]
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Las, où est maintenant ce mépris de fortune?
Où est ce coeur vainqueur de toute adversité,
Cet honnête désir de l’immortalité,
Et cette honnête flamme au peuple non commune?
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Las, où est maintenant ]
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Ceux qui sont amoureux, leurs amours chanteront,
Ceux qui aiment l’honneur, chanteront de la gloire,
Ceux qui sont près du roi, publieront sa victoire,
Ceux qui sont courtisans, leurs faveurs vanteront,
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Ceux qui sont amoureux ]
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Je ne veux feuilleter les exemplaires Grecs,
Je ne veux retracer les beaux traits d’un Horace,
Et moins veux-je imiter d’un Pétrarque la grâce,
Ou la voix d’un Ronsard, pour chanter mes Regrets
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Je ne veux feuilleter les exemplaires Grecs, ]
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N’étant, comme je suis, encore exercité
Par tant et tant de maux au jeu de la fortune,
Je suivais d’Apollon la trace non commune,
D’une sainte fureur saintement agité.
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N’étant, comme je suis ]
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Un plus savant que moi, Paschal, ira songer
Avecques l’Ascréan dessus la double cime:
Et pour être de ceux dont on fait plus d’estime,
Dedans l’onde au cheval tout nu s’ira plonger.
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Un plus savant que moi, ]
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Je ne veux point fouiller au sein de la nature,
Je ne veux point chercher l’esprit de l’univers,
Je ne veux point sonder les abîmes couverts,
Ni dessiner du ciel la belle architecture.
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Je ne veux point fouiller au sein de la nature, ]
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Quem, lector, tibi nunc damus libellum,
Hic fellisque simul, simulque mellis,
Permixtumque salis refert saporem.
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Ad lectorem ]
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Piteuse voix, qui ecoutes mes pleurs,
Et qui errant entre rochiers et bois
Avecques moy, m’as semblé maintesfoys
Avoir pitié de mes tristes douleurs.
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Sonnet 24 ]
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Si des beaux yeux, où la beaulté se mire,
Voire le ciel, et la nature, et l’art,
Depent le frein, qui en plus d’une part
A son plaisir et m’arreste et me vire,
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sonnet 23 ]
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O doulce ardeur, que des yeulx de ma Dame
Amour avecq’ sa torche acoustumée
Dedans mon coeur a si bien allumée,
Que je la sen au plus profond de l’ame!
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Sonent 22 ]
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Les bois fueilleuz, et les herbeuses rives
N’admirent tant parmy sa troupe saincte
Dyane, alors que le chault l’a contrainte
De pardonner aux bestes fugitives,
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sonnet 21 ]
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Puis que les cieux m’avoient predestiné
A vous aymer, digne object de celuy,
Par qui Achille est encor’ aujourdhuy
Contre les Grecz pour s’amye obstiné,
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Sonnet 20 ]
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