Joachim Du Bellay
Bizet, j’aimerais mieux faire un boeuf d’un fourmi,
Ou faire d’une mouche un indique éléphant,
Que, le bonheur d’autrui par mes vers étouffant,
Me faire d’un chacun le public ennemi.
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Bizet, j’aimerais mieux faire un boeuf d’un fourmi
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Cousin, parle toujours des vices en commun,
Et ne discours jamais d’affaires à la table,
Mais surtout garde-toi d’être trop véritable,
Si en particulier tu parles de quelqu’un.
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Cousin, parle toujours des vices en commun
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Ami, je t’apprendrai (encore que tu sois,
Pour te donner conseil, de toi-même assez sage)
Comme jamais tes vers ne te feront outrage,
Et ce qu’en tes écrits plus éviter tu dois.
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Ami, je t’apprendrai encore que tu soi
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Si tu veux sûrement en cour te maintenir,
Le silence, Ronsard, te soit comme un décret.
Qui baille à son ami la clef de son secret,
Le fait de son ami son maître devenir.
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Si tu veux sûrement en cour te maintenir
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Si tu veux vivre en cour, Dilliers, souvienne-toi
De t’accoster toujours des mignons de ton maître,
Si tu n’es favori, faire semblant de l’être,
Et de t’accommoder aux passe-temps du roi.
Souvienne-toi encor de ne prêter ta foi
Au parler d’un chacun: mais surtout sois adextre,
Dextre A t’aider de la gauche autant que de la dextre,
Et par les moeurs d’autrui à tes moeurs donne loi.
N’avance rien du tien, Dilliers, que ton service,
Ne montre que tu sois trop ennemi du vice,
Et sois souvent encor muet, aveugle et sourd.
Ne fais que pour autrui importun on te nomme.
Faisant ce que je dis, tu seras galant homme:
T’en souvienne, Dilliers, si tu veux vivre en cour.
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Devaulx, la mer reçoit tous les fleuves du monde,
Et n’en augmente point: semblable à la grand mer
Est ce Paris sans pair, où l’on voit abîmer
Tout ce qui là-dedans de toutes parts abonde.
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Devaulx, la mer reçoit tous les fleuves du monde
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Scève, je me trouvai comme le fils d’Anchise
Entrant dans l’Elysée et sortant des enfers,
Quand après tant de monts de neige tous couverts
Je vis ce beau Lyon, Lyon que tant je prise.
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Scève, je me trouvai comme le fils d’Anchise
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Je les ai vus, Bizet, et si bien m’en souvient,
J’ai vu dessus leur front la repentance peinte,
Comme on voit ces esprits qui là-bas font leur plainte,
Ayant passé le lac d’où plus on ne revient.
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Je les ai vus, Bizet, et si bien m’en souvient
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La terre y est fertile, amples les édifices,
Les poêles bigarrés, et les chambres de bois,
La police immuable, immuables les lois,
Et le peuple ennemi de forfaits et de vices.
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La terre y est fertile, amples les édifices
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Celui qui d’amitié a violé la loi,
Cherchant de son ami la mort et vitupère:
Celui qui en procès a ruiné son frère,
Ou le bien d’un mineur a converti à soi:
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Celui qui d’amitié a violé la loi
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Il fait bon voir, Magny, ces couillons magnifiques,
Leur superbe arsenal, leurs vaisseaux, leur abord,
Leur Saint-Marc, leur Palais, leur Realte, leur port,
Leurs changes, leurs profits, leur banque et leurs trafiques:
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Il fait bon voir, Magny, ces couillons magnifiques
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Vineus, je ne vis onc si plaisante province.
Hôtes si gracieux, ni peuple si humain,
Que ton petit Urbin, digne que sous sa main
Le tienne un si gentil et si vertueux prince.
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Vineus, je ne vis onc si plaisante province
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Morel, dont le savoir sur tout autre je prise,
Si quelqu’un de ceux-là que le prince lorrain
Guida dernièrement au rivage romain,
Soit en bien, soit en mal, de Rome te devise:
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Morel, dont le savoir sur tout autre je prise
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Et je pensais aussi ce que pensait Ulysse,
Qu’il n’était rien plus doux que voir encore un jour
Fumer sa cheminée, et après long séjour
Se retrouver au sein de sa terre nourrice.
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Et je pensais aussi ce que pensait Ulysse
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Je vois, Dilliers, je vois seréner la tempête,
Je vois le vieux Protée son troupeau renfermer,
Je vois le vert Triton s’égayer sur la mer,
Et vois l’astre jumeau flamboyer sur ma tête:
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Je vois, Dilliers, je vois seréner la tempête
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Ce n’est pas de mon gré, Carle, que ma navire
Erre en la mer tyrrhène: un vent impétueux
La chasse malgré moi par ces flots tortueux,
Ne voyant plus le pol, qui sa faveur t’inspire.
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Ce n’est pas de mon gré, Carle, que ma navire
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Ici de mille fards la traïson se déguise,
Ici mille forfaits pullulent à foison,
Ici ne se punit l’homicide ou poison,
Et la richesse ici par usure est acquise:
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Ici de mille fards la traïson se déguise
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Tu sois la bienvenue, ô bienheureuse trêve!
Trêve que le chrétien ne peut assez chanter,
Puisque seule tu as la vertu d’enchanter
De nos travaux passés la souvenance grève.
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Tu sois la bienvenue, ô bienheureuse trêve
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Dedans le ventre obscur, où jadis fut enclos
Tout cela qui depuis a rempli ce grand vide,
L’air, la terre, et le feu, et l’élément liquide,
Et tout cela qu’Atlas soutient dessus son dos,
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Dedans le ventre obscur, où jadis fut enclos
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Le roi (disent ici ces bannis de Florence)
Du sceptre d’Italie est frustré désormais,
Et son heureuse main cet heur n’aura jamais
De reprendre aux cheveux la fortune de France.
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Le roi (disent ici ces bannis de Florence)
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Nous ne sommes fâchés que la trêve se fasse:
Car bien que nous soyons de la France bien loin,
Si est chacun de nous à soi-même témoin
Combien la France doit de la guerre être lasse.
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Nous ne sommes fâchés que la trêve se fasse
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Cependant qu’au palais de procès tu devises,
D’avocats, procureurs, présidents, conseillers,
D’ordonnances, d’arrêts, de nouveaux officiers,
De juges corrompus, et de telles surprises:
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Cependant qu’au palais de procès tu devises
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Se fâcher tout le jour d’une fâcheuse chasse,
Voir un brave taureau se faire un large tour.
Etonné de se voir tant d’hommes alentour,
Et cinquante piquiers affronter son audace:
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Se fâcher tout le jour d’une fâcheuse chasse
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Voici le carnaval, menons chacun la sienne,
Allons baller en masque, allons nous promener,
Allons voir Marc Antoine ou Zany bouffonner
Avec son Magnifique à la vénitienne:
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Voici le carnaval, menons chacun la sienne
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