poésie du Comte de Lautréamont
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Vous, dont le calme enviable ne peut pas faire plus que d'embellir le
faciès, ne croyez pas qu'il s'agisse encore de pousser, dans des
strophes de quatorze ou quinze lignes, ainsi qu'un élève de quatrième,
des exclamations qui passeront pour inopportunes, et des gloussements
sonores de poule cochinchinoise, aussi grotesques qu'on serait capable
de l'imaginer, pour peu qu'on s'en donnât la peine; mais il est
préférable de prouver par des faits les propositions que l'on avance.
Prétendriez-vous donc que, parce que j'aurais insulté, comme en me
jouant, l'homme, le Créateur et moi-même, dans mes explicables
hyperboles, ma mission fût complète? Non: la partie la plus importante
de mon travail n'en subsiste pas moins, comme tâche qui reste à faire.
Désormais, les ficelles du roman remueront les trois personnages nommés
plus haut: il leur sera ainsi communiqué une puissance moins abstraite.
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Chants VI
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Que le lecteur ne se fâche pas contre moi, si ma prose n'a pas le
bonheur de lui plaire. Tu soutiens que mes idées sont au moins
singulières. Ce que tu dis là, homme respectable, est la vérité; mais,
une vérité partiale. Or, quelle source abondante d'erreurs et de
méprises n'est pas toute vérité partiale! Les bandes d'étourneaux ont
une manière de voler qui leur est propre, et semble soumise à une
tactique uniforme et régulière, telle que serait celle d'une troupe
disciplinée, obéissant avec précision à la voix d'un seul chef. C'est à
la voix de l'instinct que les étourneaux obéissent, et leur instinct
les porte à se rapprocher toujours du centre du peloton, tandis que la
rapidité de leur vol les emporte sans cesse au delà; en sorte que cette
multitude d'oiseaux, ainsi réunis par une tendance commune vers le même
point aimanté, allant et venant sans cesse, circulant et se croisant en
tous sens, forme une espèce de tourbillon fort agité, dont la masse
entière, sans suivre de direction bien certaine, paraît avoir un
mouvement général d'évolution sur elle-même, résultant des mouvements
particuliers de circulation propres à chacune de ses parties, et dans
lequel le centre, tendant perpétuellement à se développer, mais sans
cesse pressé, repoussé par l'effort contraire des lignes environnantes
qui pèsent sur lui, est constamment plus serré qu'aucune de ces lignes,
lesquelles le sont elles-mêmes d'autant plus, qu'elles sont plus
voisines du centre.
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Chants V
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C'est un homme ou une pierre ou un arbre qui va commencer le quatrième
chant. Quand le pied glisse sur une grenouille, l'on sent une sensation
de dégoût; mais, quand on effleure, à peine, le corps humain, avec la
main, la peau des doigts se fend, comme les écailles d'un bloc de mica
qu'on brise à coups de marteau; et, de même que le coeur d'un requin,
mort depuis une heure, palpite encore, sur le pont, avec une vitalité
tenace, ainsi nos entrailles se remuent de fond en comble, longtemps
après l'attouchement. Tant l'homme inspire de l'horreur à son propre
semblable! Peut-être que, lorsque j'avance cela, je me trompe; mais,
peut-être qu'aussi je dis vrai. Je connais, je conçois une maladie plus
terrible que les yeux gonflés par les longues méditations sur le
caractère étrange de l'homme: mais, je la cherche encor... et je n'ai
pas pu la trouver! Je ne me crois pas moins intelligent qu'un autre,
et, cependant, qui oserait affirmer que j'ai réussi dans mes
investigations? Quel mensonge sortirait de sa bouche!
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Chants IV
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Rappelons les noms de ces êtres imaginaires, à la nature d'ange, que ma
plume, pendant le deuxième chant, a tirés d'un cerveau, brillant d'une
lueur émanée d'eux-mêmes. Ils meurent, dès leur naissance, comme ces
étincelles dont l'oeil a de la peine à suivre l'effacement rapide, sur
du papier brûlé. Léman!... Lohengrin!... Lombano!... Holzer!... un
instant, vous apparûtes, recouverts des insignes de la jeunesse, à mon
horizon charmé;
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Chants III
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Où est-il passé ce premier chant de Maldoror, depuis que sa bouche,
pleine des feuilles de la belladone, le laissa échapper, à travers les
royaumes de la colère, dans un moment de réflexion? Où est passé ce
chant... On ne le sait pas au juste. Ce ne sont pas les arbres, ni les
vents qui l'ont gardé. Et la morale, qui passait en cet endroit, ne
présageant pas qu'elle avait, dans ces pages incandescentes, un
défenseur énergique, l'a vu se diriger, d'un pas ferme et droit, vers
les recoins obscurs et les fibres secrètes des consciences.
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Chants II
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Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce
comme ce qu'il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et
sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et
pleines de poison; car, à moins qu'il n'apporte dans sa lecture une
logique rigoureuse et une tension d'esprit égale au moins à sa
défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme comme
l'eau le sucre. Il n'est pas bon que tout le monde lise les pages qui
vont suivre; quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger.
Par conséquent, âme timide, avant de pénétrer plus loin dans de
pareilles landes inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en
avant.
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Chant I
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