Où la trouver moi qui suis un pauvre homme ?
Hé bien, souffrez les trente horions,
Dit le seigneur; mais laissons les oignons.
Pour prendre coeur, le vassal en sa panse
Loge un long trait; se munit le dedans;
Puis souffre un coup avec grande constance.
Au deux, il dit; Donnez-moi patience,
Mon doux Jésus, en tous ces accidents.
Le tiers est rude, il en grince les dents,
Se courbe tout, et saute de sa place.
Au quart il fait une horrible grimace:
Au cinq un cri: mais il n'est pas au bout;
Et c'est grand cas s'il peut digérer tout.
On ne vit onc si cruelle aventure.
Deux forts paillards ont chacun un bâton,
Qu'ils font tomber par poids et par mesure,
En observant la cadence et le ton.
Le malheureux n'a rien qu'une chanson.
Grâce, dit-il: mais las ! point de nouvelle;
Car le seigneur fait frapper de plus belle,
Juge des coups, et tient sa gravite,
Disant toujours qu'il a trop de bonté.
Le pauvre diable enfin craint pour sa vie.
Après vingt coups d'un ton piteux il crie:
Pour Dieu cessez: hélas ! je n'en puis plus.
Son seigneur dit: Payez donc cent écus,
Net et comptant: je sais qu'à la desserre
Vous êtes dur; j'en suis fâché pour vous.
Si tout n'est prêt, votre compère Pierre
Vous en peut bien assister entre nous.
Mais pour si peu vous ne vous feriez tondre.
Le malheureux n'osant presque répondre,
Court au mugot, et dit: C'est tout mon fait.
On examine, on prend un trébuchet
L'eau cependant lui coule de la face:
Il n'a point fait encor telle grimace.
Mais que lui sert ? il convient tout payer.
C'est grand'pitié quand on fâche son maître !
Ce paysan eut beau s'humilier;
Et pour un fait, assez léger peut-être,
Il se sentit enflammer le gosier,
Vuider la bourse, émoucher les épaules;
Sans qu'il lui fut, dessus les cent écus,
Ni pour les aulx, ni pour les coups de gaules,
Fait seulement grâce d'un carolus.