Il n'est cité que je préfère à Reims:
C'est l'ornement, et l'honneur de la France:
Car sans compter l'ampoule et les bons vins,
Charmants objets y sont en abondance.
Par ce point-là je n'entends quant à moi
Tours ni portaux; mais gentilles galoises ;
Ayant trouvé telle de nos Rémoises
Friande assez pour la bouche d'un roi.
Une avait pris un peintre en mariage,
Homme estimé dans sa profession:
Il en vivait: que faut-il davantage ?
C'était assez pour sa condition.
Chacun trouvait sa femme fort heureuse.
Le drôle était, grâce à certain talent,
Très bon époux, encor meilleur galant.
De son travail mainte dame amoureuse
L'allait trouver; et le tout à deux fins:
C'était le bruit à ce que dit l'histoire:
Moi qui ne suis en cela des plus fins,
Je m'en rapporte à ce qu'il en faut croire.
Dès que le sire avait donzelle en main,
Il en riait avecque son épouse.
Les droits d'hymen allant toujours leur train
Besoin n'était qu'elle fût la jalouse.
Même elle eût pu le payer de ses tours;
Et comme lui voyager en amours;
Sauf d'en user avec plus de prudence,
Ne lui faisant la même confidence.
Entre les gens qu'elle sut attirer,
Deux siens voisins se laissèrent leurrer
A l'entretien libre et gai de la dame;
Car c'était bien la plus trompeuse femme
Qu'en ce point-là l'on eût su rencontrer:
Sage sur tout; mais aimant fort à rire.
Elle ne manque incontinent de dire
A son mari l'amour des deux bourgeois,
Tous deux gens sots, tous deux gens à sornettes.
Lui raconta mot pour mot leurs fleurettes;
Pleurs et soupirs, gémissements gaulois.
Ils avaient lu, ou plutôt ouï dire,
Que d'ordinaire en amour on soupire.
Ils tâchaient donc d'en faire leur devoir,
Que bien que mal, et selon leur pouvoir.
A frais communs se conduisait l'affaire.
Ils ne devaient nulle chose se taire.
Le premier d'eux qu'on favoriserait
De son bonheur part à l'autre ferait.
Femmes voilà souvent comme on vous traite.
Le seul plaisir est ce que l'on souhaite.
Amour est mort: le pauvre compagnon
Fut enterré sur les bords du Lignon.
Nous n'en avons ici ni vent ni voie .
Vous y servez de jouet et de proie
A jeunes gens indiscrets, scélérats:
C'est bien raison qu'au double on le leur rende:
Le beau premier qui sera dans vos lacs,
Plumez-le-moi, je vous le recommande.
La dame donc pour tromper ses voisins
Leur dit un jour: Vous boirez de nos vins
Ce soir chez nous. Mon mari s'en va faire
Un tour aux champs; et le bon de l'affaire
C'est qu'il ne doit au gîte revenir.
Nous nous pourrons à l'aise entretenir.
Bon, dirent-ils, nous viendrons sur la brune.
Or les voilà compagnons de fortune.
La nuit venue ils vont au rendez-vous.
Eux introduits, croyant ville gagnée,
Un bruit survint; la fête fut troublée.
On frappe à l'huis; le logis aux verrous
Etait fermé: la femme à la fenêtre
Court en disant Celui-ci frappe en maître;
Serait-ce point par malheur mon époux ?
Oui, cachez-vous, dit-elle, c'est lui-même.
Quelque accident, ou bien quelque soupçon
Le font venir coucher à la maison.
Nos deux galants dans ce péril extrême
Se jettent vite en certain cabinet.
Car s'en aller, comment auraient-ils fait ?
Ils n'avaient pas le pied hors de la chambre
Que l'époux entre, et voit au feu le membre
Accompagné de maint et maint pigeon,
L'un au hâtier les autres au chaudron
Oh oh, dit-il, voilà bonne cuisine !
Qui traitez-vous ? Alis notre voisine,
Reprit l'épouse, et Simonette aussi.
Loué soit Dieu qui vous ramène ici,
La compagnie en sera plus complète.
Madame Alis, Madame Simonette,
N'y perdront rien. Il faut les avertir
Que tout est prêt, qu'elles n'ont qu'à venir.