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Le Diable en enfer

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Index de l'article:

Un peu de fruit, du pain non pas trop beau.
Faites état que la magnificence
De ce repas ne consista qu'en l’eau,
Claire, d'argent, belle par excellence.
Rustic jeûna; la fille eut appétit.
Couchés à part, Alibech s’endormit:
L'ermite non. Une certaine bête
Diable nommée, un vrai serpent maudit,
N'eut point de paix qu’il ne fût de la fête.
On l'y reçoit; Rustic roule en sa tête,
Tantôt les traits de la jeune beauté,
Tantôt sa grâce, et sa naïveté,
Et ses façons, et sa manière douce,
L’âge, la taille, et surtout l'embonpoint,
Et certain sein ne se reposant point;
Allant, venant; sein qui pousse et repousse
Certain corset en dépit d'Alibech,
Qui tâche en vain de lui clore le bec:
Car toujours parle: il va, vient, et respire:
C'est son patois; Dieu sait ce qu’il veut dire.
Le pauvre ermite ému de passion
Fit de ce point sa méditation.
Adieu la haire, adieu la discipline;
Et puis voilà de ma dévotion;
Voilà mes saints. Celui-ci s'achemine
Vers Alibech; et l’éveille en sursaut.
Ce n'est bien fait que de dormit sitôt
Dit le frater ; il faut au préalable
Qu'on fasse une œuvre à Dieu fort agréable.
Emprisonnant en enfer le Malin.
Crée ne fut pour aucune autre fin.
Procédons-y. Tout à l'heure il se glisse
Dedans le lit. Alibech sans malice,
N'entendait rien à ce mystère-là:
Et ne sachant ni ceci ni cela,
Moitié forcée et moitié consentante,
Moitié voulant combattre ce désir,
Moitié n'osant, moitié peine et plaisir,
Elle crut faire acte de repentante;
Bien humblement rendit grâce au frater,
Sut ce que c'est que le diable en enfer.
Désormais faut qu’Alibech se contente
D’être martyre, en cas que sainte soit:
Frère Rustic peu de vierges faisoit.
Cette leçon ne fut la plus aisée.
Dont Alibech non encor déniaisée
Dit: Il faut bien que le diable en effet
Soit une chose étrange et bien mauvaise:
Il brise tout; voyez le mal qu’il fait
A sa prison: non pas qu'il m'en déplaise:
Mais il mérite en bonne vérité
D'y retourner. Soit fait, ce dit le frère.
Tant s'appliqua Rustic à ce mystère,
Tant prit de soin, tant eut de charité
Qu'enfin l'enfer s'accoutumant au diable
Eût eu toujours sa présence agréable
Si l'autre eût pu toujours en faire essai.
Sur quoi la belle: On dit encor bien vrai
Qu'il n’est prison si douce que son hôte
En peu de temps ne s'y lasse sans faute.
Bientôt nos gens ont noise sur ce point.
En vain l'enfer son prisonnier rappelle
Le diable est sourd, le diable n’entend point.
L'enfer s’ennuie; autant en fait la belle.
Ce grand désir d’être sainte s'en va.
Rustic voudrait être dépêtré d'elle.
Elle pourvoit d’elle-même à cela.
Furtivement elle quitte le sire:
Par le plus court s'en retourne chez soi.
Je suis en soin de ce qu'elle put dire
A ses parents: c'est ce qu'en bonne foi
Jusqu'à présent je n'ai bien su comprendre.
Apparemment elle leur fit entendre
Que son cœur mû d'un appétit d'enfant
L'avait portée à tacher d’être sainte.
Ou l'on la crut, ou l'on en fit semblant.
Sa parenté prit pour argent comptant
Un tel motif: non que de quelque atteinte
A son enfer on n’eût quelque soupçon:
Mais cette chartre est faite de façon
Qu'on n’y voit goutte; et maint geôlier s'y trompe.
Alibech fut festinée en grand'pompe.
L'histoire dit que par simplicité
Elle conta la chose à ses compagnes.
Besoin n’était que Votre Sainteté,
Ce lui dit-on, traversât ces campagnes.
On vous aurait, sans bouger du logis,
Même leçon même secret appris.
Je vous aurais, dit l'une, offert mon frère.
Vous auriez eu, dit l'autre, mon cousin:
Et Néherbal notre prochain voisin
N'est pas non plus novice en ce mystère.
Il vous recherche; acceptez ce parti,
Devant qu'on soit d'un tel cas averti.
Elle le fit: Néherbal n’était homme
A cela près. On donna telle somme,
Qu'avec les traits de la jeune Alibech
Il prit pour bon un enfer très suspect;
Usant des biens que l'Hymen nous envoie.
A tous époux Dieu doint pareille joie;
Ne plus ne moins qu'employait au désert
Rustic son diable, Alibech son enfer.

 



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