Je veux un mal de mort à ceux qui s'en approchent
Pour regarder ses yeux qui mille amours décochent,
A ce qui parle à elle, et à ce qui la suit.
Le Soleil me déplaît, sa lumière est trop grande ;
Je crains que pour la voir tant de rais il épande,
Mais si n'aimai-je point les ombres de la nuit.
Je ne saurais aimer la terre où elle touche,
Je hais l'air qu'elle tire et qui sort de sa bouche,
Je suis jaloux de l'eau qui lui lave les mains,
Je n'aime point sa chambre, et j'aime moins encore
L'heureux miroir qui voit les beautés que j'adore,
Et si n'endure pas mes tourments inhumains.
Je hais le doux sommeil qui lui clôt la paupière,
Car il est (s'ai-je peur) jaloux de la lumière
Des beaux yeux que je vois, dont il est amoureux.
Las ! il en est jaloux et retient sa pensée,
Et sa mémoire, aussi, de ses charmes pressée,
Pour lui faire oublier mon souci rigoureux.
Je n'aime point ce vent qui, folâtre, se joue
Parmi ses beaux cheveux, et lui baise sa joue.
Si grande privauté ne me peut contenter.
Je couve au fond du coeur une ardeur ennemie
Contre ce fâcheux lit, qui la tient endormie
Pour la voir toute nue et pour la supporter.
Je voudrais que le ciel l'eût fait devenir telle
Que nul autre que moi ne la pût trouver belle.
Mais ce serait en vain que j'en prierais les Dieux,
Ils en sont amoureux : et le ciel qui l'a faite,
Se plaît, en la voyant si belle et si parfaite,
Et prend tant de clarté pour mieux voir ses beaux yeux.